Ainsi, la « cession gratuite » à des clients
de l’employeur de produits « d’une valeur totale minime »
n’est pas un motif sérieux de licenciement ! Même l’équipier
du Mac Donald’s qui avait saisi le Conseil de Prud’hommes pour contester
son licenciement, n’avait pas osé invoquer cet argument, puisqu’il
arguait du fait que les deux sandwiches donnés à des clients
qu’il connaissait n’étaient plus susceptibles d’être vendus…
Dommage que les juges n’aient pas songé à fixer le montant
minimum de la valeur à partir de laquelle les marchandises ne peuvent
plus être détournées par les salariés en toute
impunité !
Pourtant, il n’y a pas si longtemps, les hauts magistrats ne badinaient
guère avec la morale. Par exemple, il a été jugé
qu’était fondé le licenciement pour faute grave, de l’employé
de bureau d’un grand magasin qui avait « empoché une
paire de lacets » puis était passé à la
caisse sans en payer le prix (Cass. Soc., 20 février 1986, n°82-43.609)
ou encore, qu’était pourvu d’une cause réelle et sérieuse,
le licenciement d’un ouvrier qui avait chargé dans sa voiture, à
l’intérieur de l’usine, un grillage usagé destiné
à être jeté... au lieu de le récupérer
sur la décharge publique comme le faisait habituellement le personnel
de l’entreprise (Cass. Soc., 17 janvier 1990, SCAE La caille des Vosges
c/ Merognon).
Jusqu’à présent, il était donc communément
admis que l’appropriation non autorisée du bien d’autrui était
répréhensible, quelle que soit la valeur de cette chose ou
sa destination…. mais il est vrai que c’était au siècle dernier
! Il n’en reste pas moins que cette jurisprudence, aussi sévère
soit-elle, avait le mérite de poser des règles aussi claires
que l’un des dix commandements. Or en brouillant encore davantage des repères
déjà bien trop flous aux yeux de certains, la Cour de Cassation
ouvre ainsi dans l’entreprise, une nouvelle brèche favorisant les
déviances du comportement des salariés au détriment
de l’autorité attachée au pouvoir de direction de l’employeur.
« C’est pas du vol…
Juste un petit emprunt à fonds perdus ! »